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Julie Duvidal de Montferrier

Le Suicide de Cléopâtre

Julie Duvidal de Montferrier (Paris, 1797 - Paris, 1865).
Le Suicide de Cléopâtre.
Vers 1818.
Huile sur toile.
H : 100 ; L : 80 cm. (39 ³/₈ x 31 ¹/₂ inches)



               Cette composition sobre, rapprochée, représente la reine égyptienne quelques minutes avant sa mort, mordue par un aspic. Cléopâtre tourne déjà son regard vers l’au-delà, d’une main elle saisit délicatement l’agrafe de son vêtement pour découvrir son sein tandis que le serpent mortel s’enroule autour de l’autre. Le drapé de tissu rouge et lourd contraste avec la chair immaculée et le traitement précieux des bijoux qui ornent sobrement l’épaule et la tête de la reine.

Il s’agit de l’une des premières toiles connues de Julie Duvidal de Montferrier, alors élève de François Gérard après avoir reçu une éducation particulièrement soignée auprès de Madame Campan dans la maison d’éducation de la Légion d’Honneur, qui mettait l’étude des Beaux-Arts en bonne place dans son programme. La toile date probablement de l’année précédant sa première présentation au Salon en 1819. Elle y expose un portrait de sa sœur qui témoigne de sa manière personnelle si caractéristique, manière qu’elle va continuer d’affirmer au fil des années.

Ill. 1. Autoportrait de Julie Duvidal de Montferrier, 1819. Washington, National Museum of Women in the Arts.

Cette toile a été réalisée lorsque la jeune artiste, encore en apprentissage et plus sûre de ses talents, vers 20 ou 21 ans, choisit de s’essayer à un sujet d’histoire. L’influence de Gérard est perceptible dans l’expression du visage et ce drapé complexe et coulant. Cette même expression a été reprise par l’artiste au Salon de 1819 avec L'Enfant malade, ou Clotilde demandant la guérison de son fils : la mère éplorée lève les yeux vers le ciel et présente les mêmes touches d’ornements très détaillés qui se détachent sur des drapés traités en larges touches.

Ill. 2. L'Enfant malade, ou Clotilde demandant la guérison de son fils, 1819. Bourg-en-Bresse, musée du Monastère royal de Brou.

Mais Julie Duvidal de Montferrier exprima très tôt son individualité par rapport à son maître à travers des fondus très veloutés. David, dans sa correspondance avec Gros, parle d’ailleurs de « crème fouettée » et de « talents flatteurs »[1]. Des détails, comme la broche ou le diadème de Cléopâtre, traités avec beaucoup de précision et un trait plus acéré, ajoutent des points de lumière et du contraste dans la composition qui, par ses tons, et le fond traité dans un subtil monochrome, donnent l’effet dramatique de la scène. Elle aimait représenter des fonds largement esquissés, peu détaillés, afin de mettre en valeur la figure principale.

Ill. 3. Portrait de Jeanne Campan, 1856, musée du château de Versailles.
Ce portrait présente beaucoup de similitudes avec la Cléopâtre : traitement du fond et, étonnament, elle reprit le même drapé rouge, des années plus tard.

 
Julie Duvidal de Montferrier, connue par la suite sous le nom de Julie Hugo après son mariage en 1827 avec Abdel Hugo, le frère de Victor Hugo, fit une brillante carrière dans le domaine de la peinture. Elle est médaillée au Salon de 1824, passe une année à Rome et fut l’élève de François Gérard, de Marie-Eléonore Godefroid et de Jacques-Louis David. Ses toiles sont aujourd’hui exposées dans plusieurs musées tels que le musée de Compiègne, les musées des Beaux-Arts d’Orléans, de Caen, le musée de l’armée, le musée du Louvre, le château de Versailles et bien-sûr la maison de Victor Hugo.

Ill. 4. Tête d'Eve, 1822. Musée des Beaux-arts de Paris.


[1] Wildenstein Daniel et Guy, Documents complémentaires au catalogue de l’œuvre de Louis David, Paris, 1937, n°1945, p. 227.




 

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