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Constance Mayer

Ariane endormie

Attribué à Constance MAYER (Chauny, 1774 - Paris, 1821)
Ariane endormie.
1798-1799.
Huile sur toile.
H : 120 ; L : 97 cm.

Exécutée entre 1798 et 1799, l’Ariane endormie de Constance Mayer est révélatrice du tournant de carrière effectué par la jeune femme au contact de Pierre-Paul Prud’hon. Complexe par son style et sa symbolique, ce tableau ne peut s’intégrer au sein du corpus de l’artiste qu’à la lumière de ses travaux de jeunesse, trop peu étudiés, dans l’atelier de Greuze. 

         Bien qu’élève de Suvée à l’origine [1], Constance Mayer  élabore son style au contact de Greuze à partir de 1792. Elle travaille peut-être toujours dans l’atelier de ce dernier, ou du moins le fréquente assidument, et incarne encore l’école greuzienne lors de l’élaboration de son Ariane endormie.
         Le dessin des traits du visage, l’angle de vue et les raccourcis mis en œuvre dans la tête d’Ariane sont sans nul doute empruntés à Madame Greuze endormie (Ill. 3. Gravure par Fragonard d'après Greuze sous le titre La philosophie endormie), tableau vu par Mayer chez son maître. L’enseignement de Greuze est également perceptible dans certains rendus de matières, en l’occurrence dans l’écorce traitée en larges coups transversaux et plus encore dans les carnations crémeuses du visage d’Ariane.
         Toutefois, les quelques caractères greuziens cohabitent ici avec une nouvelle manière, celle de Pierre-Paul Prud’hon. En effet, les deux artistes se rapprochent, semble-t-il, aux alentours de 1798. Au cours de cette même année, Constance Mayer quitte le domicile de son père pour vivre seule, situation lui laissant probablement plus de liberté pour fréquenter Prud’hon. Ainsi, dans son Ariane, Mayer rejoint ce dernier par un regard appuyé sur l’œuvre du Corrège. Nous retrouvons plus précisément la touche prud’honienne dans les chairs porcelainées du corps, le léché du drapé épais et rectiligne ou encore l’ombre légère enrobant les figures et donnant cet effet vaporeux caractéristique. 

         Sans pour autant posséder de preuve concrète, il est particulièrement tentant de voir dans le sujet de ce tableau l’expression des sentiments précoces (et peut-être non encore réciproques) que Mayer porte à Prud’hon. Comme l’Ariane endormie qui s’éveille sous le regard amoureux de Bacchus, la jeune artiste attendrait-elle patiemment l’amour de Prud’hon ? Détail intrigant, Mayer glisse une rose unique, seule touche colorée dans un camaïeu de verdure, dans sa composition. Faudrait-il comprendre une fois de plus que, comme Mayer, cette rose n’attend plus qu’à être cueillie ? 


[1] La formation de Mayer avec Suvée demeure brève compte tenu de l’emprisonnement de ce dernier durant la Terreur puis de son directorat à l’Académie de France à Rome.
 

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