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Charles-Louis Clérisseau

Projet de décor pour la maison antique de Catherine II de Russie

Charles-Louis Clérisseau (Paris, 1721 - Auteuil, 1820).
Projet de décor pour la maison antique de Catherine II de Russie.
Décembre 1773.
Aquarelle, plume et encre brune, lavis brun et gris sur papier.
Au revers (Ill. 2.) : tampon de l'Ordre de Saint-Alexandre Nevski.
H : 33 ; L : 32 cm. (13 x 12 ⁵/₈ inches)

 

Élève de Blondel et de Boffrand à l'Académie royale d'architecture, Charles-Louis Clérisseau remporte le grand prix de 1746 et séjourne à Rome, comme pensionnaire du roi, de 1749 à 1754. Il y peint des compositions architecturales influencées par le maître du genre : Panini. Il devient l'ami de Piranèse, dont il partage le goût des ruines et la passion de la Rome antique. Son séjour en Italie se prolonge jusqu'en 1768.
De retour à Paris, il est agréé et reçu dans la même séance à l'Académie royale, le 2 septembre 1769, présentant deux gouaches : des Bains et des Ruines d'architecture.

Sa carrière prend un tournant lorsqu'il est choisi par l'administration des Bâtiments du Roi pour exécuter une commande à destination de Catherine II de Russie. Clérisseau est alors recommandé par Falconet, proche de l'impératrice. 

Le 2 septembre 1773, Catherine II adresse ainsi une lettre à Falconet  : « je voudrais avoir le dessin d’une maison antique, distribuée intérieurement à l’antique. […] je veux tout cela ; je vous prie de m’aider à satisfaire cette fantaisie, que je paierai sans doute.[1] »
Il faut attendre seulement quelques jours pour que le nom de Clérisseau soit définitivement retenu pour le projet. Le 6 décembre, l’impératrice écrit : «  j’ai retrouvé la lettre de Cochin que vous m’avez envoyée. Je suis avec lui et vous de l’avis qu’il ne pouvait pas s’adresser mieux pour la maison antique qu’il ne l’a fait ; ce M. Clérisseau paraît avoir toutes les qualités requises pour exécuter à ravir le projet de la maison antique dont j’ai la fantaisie [2] »

Entrainé par le goût du colossal qui le caractérise et faisant écho à ses études romaines de monuments antiques, Clérisseau ne tient aucunement compte du programme transmis par Falconet. Il transforme le petit caprice commandé par l’Impératrice en un gigantesque palais à l’échelle des Thermes de Caracalla.
Dans une lettre au prince de Galitzine datée de la fin du mois de décembre, Falconet rapporte le mauvais accueil reçu par les dessins de Clérisseau : « Il est démontré que M. Clérisseau est aussi impertinent qu’il feint d’être sourd. Vous avez vu, mon prince, tout ce que j’ai écrit à Paris sur la maison antique et vous savez que la demande de S. M. I. ne contenait autre chose qu’un petit pavillon dans un jardin. Vous avez lu le maudit projet qui n’irait pas moins à construire un palais immense trois fois plus grand que celui de l’impératrice. Il a mis S. M. I. de fort mauvaise humeur, et avec juste raison. [...] S. M. I. ne veut plus rien, absolument rien qui vienne de cette boutique.[3] »

Excepté notre oeuvre, plusieurs autres dessins, conservés à l'Ermitage, témoignent du travail effectué par Clérisseau pour la "maison antique" de Catherine II. L'un d'eux, représentant une niche ornée d'une statue (Ill. 3. Charles Louis Clérisseau ; Projet de décoration intérieure pour Catherine II de Russie ; plume et encre brune, lavis brun et gris sur papier ; 35,3 x 30,3 cm. ; Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage (Inv. OP-2606)), est particulièrement proche de notre dessin par ses multiples panneaux à motifs de candélabres et d'arabesques ainsi que ses médaillons aux scènes antiques. 

Il est également à noter que la vue de ruines représentée sur notre dessin demeure un leitmotiv dans l'oeuvre de l'artiste. Deux dessins témoignent du travail de Clérisseau sur ce motif :
- Un petit dessin à la plume (Ill. 4. Charles Louis Clérisseau ; Intérieur de temple en ruines avec une vasque ; plume et encre brune, lavis brun et gris sur papier ; 30,5 x 36,5 cm., collection particulière : vente, Paris, Artcurial, 4 février 2011, n° 46.) qui semble être une étude préparatoire au grand tableau central de notre projet de décor. 
- Une grande gouache (Ill. 5. Charles Louis Clérisseau ; Fantaisie architecturale ; 1782 ; gouache, plume et lavis brun, souligné à l'encre de Chine sur papier ; 47,1 x 60,5 cm. ; Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage (Inv. OP-16919)) sur laquelle on distigue toutefois de nombreuses modifications.

Malgré le refus de son projet russe, Clérisseau mettra à profit ses expérimentations dans un projet plus tardif à destination d'un particulier parisien. Reprenant la même esthétique, il réalise entre 1779 et 1782 le décor intérieur du salon de l'Hôtel Grimod de la Reynière.
(Ill. 6. Jan Chrystian Kamsetzer, Vue du Grand Salon de l'Hôtel Grimod de La Reynière à Paris, aquarelle, Bibliothèque de l'Université de Varsovie.).


[1] Louis Réau, Correspondance de Falconet avec Catherine II, 1767-1778, Paris, E. Champion, 1921, p. 217.
[2] Idem, p. 229.
[2] Idem, p. 231.

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