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Anthelme Trimolet

Fileuse dans un intérieur

Attribué à Anthelme Claude Honoré TRIMOLET (Lyon, 1798 – 1866)
Fileuse dans un intérieur.
Vers 1820-1825.
Huile sur toile.
H. 65 – L. 54 cm.

Assise devant une fenêtre, une femme file la laine enroulée autour de la quenouille qu’elle tient dans la main gauche, tandis que, de la main droite, elle fait tourner la roue de son rouet. La pièce dans laquelle se situe la scène est baignée d’une douce lumière, mettant en valeur quelques détails minutieux tels que les reflets sur le bois du rouet, le panier de laine filée posé sur un repose-pieds, le cuir des chaussures délicatement posés sur le tapis et la petite boîte à bijoux représentées sur la cheminée, dont le tison brille discrètement derrière l’étoffe posée sur la chaise. Un tissus noué retient nonchalamment les cheveux de la fileuse qui est vêtue d’une chemise dont le jeu de transparence sur les broderies est rendu par un très léger empâtement des lignes en bordure de l’étoffe, qui contraste avec le lourd jupon rouge qui couvre ses jambes.


Cette toile est sans conteste de la main d’Anthelme Trimolet, peintre lyonnais, reconnu pour la grande minutie de son travail, inspirée des maîtres hollandais, réactualisée par son travail sur les scènes de genre du XIXe siècle.
Anthelme Claude Honoré Trimolet est né à Lyon, son père était dessinateur en broderie qui, à la suite de la Révolution française, s’était reconverti à la peinture sur métaux. Il entre à l’école des beaux-arts de Lyon lors de sa création, à l’âge de dix ans. Il est récompensé dans plusieurs classes dès 1810, avec la classe de Principes, en 1812 il remporte la médaille d’argent de la classe de Bosse, en 1813 pour la Figure d’après nature et, enfin, le tant convoité Laurier d’Or, en 1815, le dispensant de service militaire[1]. Il a comme maître le peintre Pierre-Henri Révoil (1776-1842) qui enseigne aussi à Claude Bonnefond (1796-1860), Michel-Philibert Genod (1795-1862), Augustin Alexandre Thierriat (1789-1870) ou encore Jean-Marie Jacomin (1789-1858), qui constitueront les têtes de file d’un mouvement qui sera pour la première fois qualifié d’ « école lyonnaise » lors du Salon de 1819. 
C’est à ce même Salon que Trimolet rafle la médaille d’or pour son atelier du mécanicien, commandé par le professeur Ennemond Eynard. Le sens habile du détail de l’artiste, suite à la découverte des maîtres hollandais lors de son premier voyage à Paris, est remarqué par le duc de Berry, qui lui commande un tableau, qui ne sera pas terminé avant son assassinat en 1823. Il fait également la rencontre du Marquis Victor de Costa, proche du roi de Sardaigne, grâce auquel il obtient une commande pour le Prince de Carrignan.. Il s’agit de la première scène historique de grande envergure réalisée par l’artiste, les députés du concile de Bâle présentant la tiare à Amédée VII, qu’il présentera au Prince à Turin en 1831.

Atteint de ce qu’il définit comme une « langueur »[2], Anthelme Trimolet ne semble pas avoir cherché à développer sa carrière officielle malgré ses premiers succès. Pourtant, le nombre de portraits qu’il produit témoignent du fait que son pinceau était recherché chez les notables lyonnais, ainsi que le fait remarquer Aimé Vingtrinier dans le portrait qu’il dresse de l’artiste :
« Il fuyait l’éclat et le bruit, mais les hautes familles de la cité sollicitaient la faveur de poser devant lui. Ces toiles, conservées avec soin dans les galeries particulières, n’ont pas été soumises au jugement du public et à la critique des journaux ; elles ne grandisseront le nom de l’artiste que lorsque le pinceau sera tombé de sa main et que l’art aura contemplé avec effroi la perte qu’il a faite»[3].
Son mariage avec l’une de ses élèves, Edma Saunier (Lyon, 1802 - Saint-Martin-sous-Montaigu, 1878) en 1824 le dote d’une grande fortune, sa femme étant la fille d’un riche propriétaire terrien. Les époux ont laissé, par le leg de leurs archives et de leur collections, le touchant témoignage d’un couple attachant, curieux de tout, prolifique dans la création artistique à travers des carnets de croquis et des journaux. Les époux Trimolet amassent plus de 2000 œuvres à partir des années 1825, avec un goût prononcé pour la Haute Epoque et le Moyen-Âge. Ce véritable musée, constitué de livres, tableaux, meubles sculptures… est légué au musée de Dijon après le décès d’Edma Trimolet en 1878.
Grâce à ce leg, l’entièreté du fonds de dessin du couple est arrivé entre les murs du musée, mais seules quelques toiles d’Edma et d’Anthelme Trimolet sont aujourd’hui conservées par le musée. L’étude du fonds Trimolet renseigne néanmoins sur l’évolution de la carrière de l’artiste et nous permet de rattacher la Fileuse à la période qui suit le premier succès de Trimolet, à savoir l’Intérieur d'un atelier de mécanicien, de 1819.
En effet, nous avons remarqué que, parmi les dessins datés, les scènes de genre domestiques et intime se concentrent sur la période 1820-1830. Après 1830, nous ne connaissons que des portraits et quelques scènes inspirées de l’Enfer de Dante.
La manière se rapproche d’un tableau conservé par le musée de Dijon, Portrait de son père et de sa mère jouant aux cartes, qui n’est pas signé également. Ce dernier semble porter encore quelques raideurs de la jeunesse, ainsi qu’une finition dans le détail qui est moins poussée que la Fileuse mais présente tous les traits caractéristiques qui feront la renommée de l’artiste : détails foisonnants, matières rendues par de légers empâtements, velouté de la touche, mains très dessinées et détaillées…


Tous ces éléments se retrouvent, plus aboutis, dans l’Intérieur d’un atelier de mécanicien. L’éclairage est donné par une fenêtre latérale, qui forme un halo plus clair autour de la tête des protagonistes, les drapés présentent la même lourdeur veloutée et les détails sont ornés de points de lumière étincelants à la manière hollandaise.

Un autre dessin issu du fonds Trimolet du musée des Beaux-Arts de Dijon représentant une Femme à la lecture reprend le même type de composition, avec un lourd drapé revenant entre les jambes de la protagoniste. L’attitude quelques peu retenue est également typique de l’artiste.

Alors que dans le même temps, l’arrivée des romantiques remet en cause ces techniques picturales qui font la spécialité de l’artiste, il indique dans sa correspondance les contradictions dans le goût auxquelles il devait faire face :
« Cette polémique répandit promptement, et surtout en province, une défaveur sur l’art et les artistes. Il n’était plus de bon ton d’admirer la peinture, mais au contraire, de la critiquer. Ce qu’on avait loué en nous devenait alors notre plus grand défaut. – C’est du microscopique, mon cher ; faites donc large ! mettez épais de couleur et laissez aux religieuses ce travail d’aiguille. – Vos peintures ressemblent à de la porcelaine, - faites donc croustilleux et avec facilité ! – Voyez Bonington, voyez Delacroix, etc… ; - et chose singulière, ces mêmes individus venaient me trouver pour faire faire leur portrait, me recommandant de les peindre finement, et de ne pas épargner les détails que, disaient-ils, je faisais si bien ! – C’était à démoraliser la meilleure tête ! »[4].

Illustrations :

Anthelme Trimolet. Intérieur d'un atelier de mécanicien, huile sur toile, 1819, Inv. A33. Musée des Beaux-Arts de Lyon. 

Anthelme Trimolet, Portrait de son père et de sa mère jouant aux cartes, huile sur toile, 19ème siècle, Inv. CA T 120. Legs Anthelme et Edma Trimolet, 1878. © Musée des Beaux-Arts de Dijon/ François Jay.

Anthelme Trimolet. Femme à la lecture, crayon noir sur papier, Inv. CA T 203. Musée des Beaux-Arts de Dijon.


Références :

[1] Élisabeth Hardouin-Fugier, Étienne Grafe, Portraitistes lyonnais (1800-1924) (cat. exp., Lyon, musée des Beaux-Arts, juin-septembre 1986), Lyon, musée des Beaux-Arts, 1986

[2] Archives municipales de Lyon. Cote 65II/129. Autobiographie et liste de ses œuvres peintes, écrite et donnée par lui-même à Aimé Vingtrinier.

[3] Aimé Vingtrinier, La paresse d’un peintre lyonnais, Lyon, 1866, pp. 10-11.

[4] Élisabeth Hardouin-Fugier, Étienne Grafe, Portraitistes lyonnais, op. cit.
 

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