Inondation à Vaux-Villaine
François-René MOREAUX (Rocroi, 1807 – Rio de Janeiro, 1860)
Inondation à Vaux-Villaine
Vers 1833.
Huile sur papier.
H : 61,5 ; L : 81 cm.
Exposition : Salon de la ville d’Arras, 1833, n° 255 : « Inondation à Vaux-Vilaine (Ardennes) Une famille prête à être entraînée par les eaux, adresse des vœux au ciel. Elle est réunie sur les débris de son habitation. »
Parti précocement faire carrière au Brésil en 1838, où il est encore aujourd’hui reconnu, François-René Moreaux n’a que peu produit en France. Les seuls témoins de ses débuts officiels sont ses deux uniques participations au Salon parisien, en 1836 et 1838, où il envoie quelques portraits. Toutefois, la première mention de l’artiste apparaît dans le livret du Salon de la ville d’Arras en 1833. Il y expose cette scène d’inondation dans les Ardennes. Plus qu’une simple scène de genre, le tableau fait écho à l’actualité contemporaine.
Seul un petit article du Constitutionnel du 20 mai 1833 fait état de la catastrophe dans ses colonnes : « Il paraît que l’orage qui a éclaté le 12 mai à Verdun, a fait de grands ravages dans le département des Ardennes. À Vaux-Vilaine et Lépron, il a occasionné des dégâts considérables. […] En un instant toute la vallée ne fut plus qu’un affreux torrent. L’eau avait envahi les habitations, et s’y était déjà beaucoup élevée avant que les habitants pussent se sauver. »
François-René Moreaux s’est, de toute évidence, emparé du sujet avec diligence car seulement trois mois séparent la catastrophe de l’ouverture du Salon d’Arras, le 25 août. Les origines du peintres, natif de Rocroi, village situé à moins de 20 kilomètres du drame, expliquent aisément cet enthousiasme.
Par cette œuvre, Moreaux s’inscrit dans le travail de son contemporain Ary Scheffer, alors très en vogue. La composition, la touche, certaines attitudes et plusieurs faciès de protagonistes se retrouvent dans les compositions de Scheffer, notamment La Tempête du musée de la Vie Romantique ou encore L’Incendie du musée de Rouen. Scheffer lui-même s’est essayé à une Scène d’inondation lors Salon de 1827. Toutefois, à la différence de notre tableau, l’action se déroule après le drame.
L’Inondation de Moreaux est aussi plus largement caractéristique de l’avènement d’une nouvelle peinture de genre prisée par la bourgeoisie alors naissante depuis les premières années de la Restauration. Il s’agit de scènes de la vie du petit peuple empreintes de sentimentalisme larmoyant et pathétique. Moreaux s’attache à représenter le sauvetage in-extremis de sinistrés réfugiés sur leur toit de leur maison par une embarcation. Le peintre immortalise ainsi avec une grande justesse la profonde souffrance du petit peuple. Il dépeint également avec subtilité les émotions variées face à l’inondation et au sauvetage, allant de la peur à la reconnaissance, en passant par la tristesse et les supplications.