image+33 6 66 31 53 85

you may also like

Antoine RIVOULON

Les Litanies de la Très Sainte-Vierge

Antoine RIVOULON (Cusset, 1810 - Paris, 1864)

Les Litanies de la Très Sainte-Vierge

1849, signé et daté : ARivoulon. 1849.
Huile sur toile. H : 100,5 ; L : 81,5 cm.

Historique : Atelier de l'artiste (inventaire après décès, 1864) ; collection Gabriël Labeeuw (Belgique), avant 2012.

Exposition : Peut-être, Paris, Salon de 1849, n° 1750 : (Les litanies de la Vierge ; dessin).

Élève de François-Édouard Picot, Antoine Rivoulon appartient à ce cercle de peintres religieux français des années 1840 que la critique a regroupés sous le nom de « Nazaréens français » : retour à Fra Angelico et au Pérugin, archaïsme stylistique assumé, compositions en forme de retable médiéval sur fond d'or. Le tableau ici présenté en est l'une des expressions les plus abouties et les plus documentées de toute sa carrière.

Le point de départ est le grand tableau homonyme exposé au Salon de 1846 sous le numéro 1534, qui vaut à Rivoulon une médaille de troisième classe et est acquis par l'État dès 1847 pour être envoyé à la cathédrale Saint-Pierre de Vannes, où il se trouve encore (FNAC inv. PFH-4385 ; classé Monument historique le 14 octobre 1980). Le succès de l'œuvre est attesté par la lithographie qu'en tire J.-J. Jacott en 1848, dédiée à la reine Marie-Amélie « Reine des Français ». Michel Caffort, dans Les Nazaréens français (PUR, 2009), cite ce tableau parmi les jalons du courant.

Le tableau présenté ici est le numéro P.45 du catalogue raisonné de Thierry Zimmer (2022), la version autographe et réduite que Rivoulon réalise trois ans après le grand tableau. Zimmer l'identifie, avec une quasi-certitude fondée sur l'identité des dimensions et de la date, à l'œuvre exposée au Salon de 1849 sous le numéro 1750 :« Les litanies de la Vierge ; dessin ».
La composition adopte la structure d'une pala néogothique à programme encyclopédique : baie en arc brisé à clef pendante encadrée de deux arcs sur colonnes corinthiennes, deux anges alanguis dans les écoinçons à fond d'or, autel central portant la couronne de roses et le rosaire, sol en damier, inscription LITANIÆ BEATÆ MARIÆ VIRGINIS en bas de la composition.
Ce programme dérive directement de la chapelle de la Vierge de l'église Notre-Dame-de-Lorette à Paris, dont Victor Orsel peignit les soixante tableaux des litanies.

La version de 1849 transforme radicalement le sens de la scène. La foule cosmopolite de 1846 est resserrée sur les seuls indigents et opprimés. Un aveugle tend le bras en geste d'aumône ; un pèlerin tonsuré porteur de coquilles ; saint Roch, intercesseur contre les épidémies, est introduit ex novo par rapport à 1846, sa présence renvoyant à l'épidémie de choléra de 1849. Au premier plan, un jeune homme noir aux poignets entravés rappelle l'abolition de l'esclavage décrétée en avril 1848. L'ensemble constitue une litanie visuelle des afflictions contemporaines dont le tableau devient l'intercession picturale adressée à la Consolatrice.