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Joseph-Marie VIEN

Tête de jeune fille, étude

Joseph-Marie VIEN (Montpellier, 1716 - Paris, 1809)

Tête de jeune fille, étude

Vers 1762.
Trois crayons sur papier vergé teinté beige-gris.
H : 24 cm ; L : 19,5 cm.

Historique : Collection Hippolyte Lemonnier.

Le visage légèrement incliné, le regard perdu dans une rêverie songeuse, cette jeune fille appartient à la famille des têtes idéalisées que Joseph-Marie Vien multiplie au tournant des années 1760, au moment précis où s'invente, sous son pinceau, le « goût grec ».

La physionomie régulière et adoucie, les yeux en amande baignés d'une douceur sensible, le port de tête noble, la coiffure relevée et ceinte d'un mince bandeau sont autant de traits que la critique du Salon de 1763, Diderot le premier, saluait chez l'artiste comme « coiffés dans le goût antique » et d'une suavité sans égale.
Vien ne fut jamais portraitiste. Ses têtes ne sont pas des effigies, mais des types, des incarnations de la grâce antique étudiées d'après nature pour nourrir ses compositions.

Notre feuille se rattache de manière frappante à un autre dessin de Vien, récemment passé en vente (L'Huillier & Associés, 5 juin 2024 ; expert Cabinet de Bayser) ; une Tête de jeune vestale au pastel, de format presque identique (23,5 × 18,2 cm), collée sur un montage ancien annoté « Joseph-Marie Vien delineavit 1762 ».
Les feuilles partagent la même attitude mélancolique, les mêmes yeux en amande, la même facture estompée. Les deux études procèdent à l'évidence d'un même moment et d'un même propos. Or cette vestale a été reliée par les spécialistes à la célèbre série de prêtresses que Vien peignit en 1762-1763 pour la chambre à coucher et le cabinet de travail de Marie-Thérèse Rodet Geoffrin, la plus influente des salonnières parisiennes et protectrice déterminante du jeune néoclassicisme.

L'intérêt de la feuille tient aussi, et peut-être surtout, à sa technique. Vien fut un dessinateur fécond mais le pastel lui demeura presque totalement  étranger. Le catalogue raisonné ne recense qu'un seul ouvrage de l'artiste dans ce médium. La pierre noire, la sanguine et la craie blanche rehaussées de touches de pastel relèvent d'une pratique exceptionnelle dans son œuvre. Cette alliance des trois crayons et du pastel, où l'estompe fond les passages, confère à la feuille un caractère d'unicum qui en accroît considérablement la portée.

Le cachet ovale « HL » frappé à l'encre rouge-brun dans l'angle supérieur droit est la marque de collection de la famille Lemonnier. Cette lignée descend du peintre Anicet-Charles-Gabriel Lemonnier, élève de Vien et auteur du fameux tableau du Salon de Madame Geoffrin. La feuille aurait donc été conservée dans le cercle même des héritiers spirituels de l'artiste, gage supplémentaire de la cohérence de l'attribution.