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Eugénie SERVIÈRE

Inès de Castro aux pieds d’Alphonse IV

Eugénie SERVIÈRE (Paris, 1786 - Paris, 1855)

Inès de Castro aux pieds d’Alphonse IV
Esquisse préparatoire pour le tableau exposé au Salon de 1824.

Veers 1822.
Plume et encre brune, lavis brun et rehauts de gouache blanche sur papier.
H : 6, L : 7,8 cm.

Cette esquisse à la plume, rehaussée de gouache blanche, fixe la composition presque définitive de l'un des tableaux les plus remarqués d'Eugénie Servières au Salon de 1824. Élève de son beau-père Guillaume Guillon-Lethière, directeur de l'Académie de France à Rome, Servières s'impose comme l'une des principales représentantes du style troubadour sous l'Empire et la Restauration, multipliant les scènes anecdotiques et sentimentales tirées de l'histoire monarchique et de la littérature romanesque. Médaillée d'or aux Salons de 1808 et de 1817, elle obtient avec le présent tableau la consécration suprême sous Charles X : son acquisition par l'État, le 29 mars 1825 pour 2 500 francs, pour le musée du Luxembourg, alors musée des artistes vivants, où la couronne rassemblait les œuvres les plus marquantes du Salon avant leur éventuel transfert au Louvre.

Le tableau fait l'objet d'une critique élogieuse de la part de Charles-Paul Landon dans ses Annales du Musée où il est reproduit en gravure au trait. Restituant l'argument historique, Landon souligne que « l'artiste a choisi le moment le plus heureux de cette scène gracieuse et touchante, et le sujet s'explique aisément », saluant un tableau « parfaitement composé », qui « se recommande encore par le mérite de l'exécution ». Il ajoute : « Il a été compris dans le nombre des morceaux acquis pour le Roi, et destiné pour la galerie du Luxembourg ».

Toute la composition définitive est ici déjà presque entièrement arrêtée : le trône à dais drapé de pourpre à gauche, l'agencement pyramidal de la famille suppliante, le couple de courtisans en retrait, et l'arrière-plan d'arcades néogothiques évoquant l'idée d'un palais médiéval.
De très fines variantes, à peine perceptibles, signalent toutefois le caractère préparatoire de la feuille : le plus jeune enfant tenu par Inès lève ici les yeux vers le roi, là où il regarde le spectateur dans la version peinte, jeu pathétique d'interpellation directe que Servières a manifestement éprouvé puis adopté en cours d'élaboration ; le conseiller dans l'ombre derrière le souverain porte ici sa main gauche à la bouche, geste qui n’apparaît plus par la suite ; l'arrière-plan, enfin, qui est encore réduit à deux figures de gardes, l’un tenant la hallebarde, est densifié sur la version sur toile par l'adjonction d’une troisième tête dans le lointain.