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Antoine BOIZOT

L'Origine de l'Amour

Antoine BOIZOT (Paris, 1702 - Paris, 1782)

L'Origine de l'Amour

Vers 1738.
Huile sur toile. H : 104 ; L : 96 cm.

Exposition : Salon de l'Académie royale de peinture et de sculpture, Paris, 1738, n° 77 : « Un Tableau, dessus de Porte de trois pieds de haut sur quatre de large, représentant l'origine de l'Amour démontré par la beauté, tenant un verre ardent, qui allume le Flambeau de l'Amour. ».

Antoine Boizot présente cette toile au Salon de l'Académie royale de peinture et de sculpture de 1738 sous le n° 77. Le livret du Salon décrit un « Tableau, dessus de porte de trois pieds de haut sur quatre de large, représentant l'origine de l'Amour démontré par la beauté, tenant un verre ardent, qui allume le flambeau de l'Amour ».
La destination originale du tableau, un dessus-de-porte, explique son format horizontal initial de 97 ×130 cm environ (trois pieds sur quatre). Les dimensions actuelles de la toile (104 × 96 cm) indiquent une légère transformation physique au cours de son histoire. Cette réduction, probablement une recoupe latérale pour l'adapter à un nouveau cadre ou à une nouvelle boiserie au XIXe siècle, a modifié l'équilibre de la composition en resserrant l'action autour des figures centrales.

Antoine Boizot est formé à Paris chez François Lemoyne. Il remporte le second prix de Rome en 1729 puis le premier prix en 1730 . Pensionnaire à Rome, il est agréé à l'Académie royale en 1736 et reçu peintre d'histoire en mai 1737 sur le tableau Apollon caressant Leucothoé . Boizot expose régulièrement au Salon de 1737 jusqu'en 1771, livrant essentiellement des sujets mythologiques légers, souvent destinés à la décoration et aux tapisseries ce qui explique l'absence de signature sur nombre de ses toiles. Il meurt à Paris en 1782.

Le sujet de L'Origine de l'Amour ne relève pas de la simple fantaisie galante, il s'appuie sur une tradition philosophique et littéraire codifiée. La source directe identifiée est l'Iconologie de Cesare Ripa, dans sa traduction française par Jean Baudoin parue en 1644. Le « verre ardent » (miroir sphérique ou lentille convexe) sert d'instrument allégorique pour expliquer comment la Beauté, en rencontrant le regard, enflamme le cœur.

Dans le tableau de Boizot, cette démonstration est mise en scène avec une clarté didactique. La Beauté, figure centrale, ne se contente pas d'être belle ; elle manipule activement l'élément optique pour transmettre le feu au flambeau de Cupidon. Cette insistance sur l'instrumentation scientifique de la lentille témoigne de l'intérêt du XVIIIe siècle pour l'optique et les sciences naturelles, intégrées ici dans un discours poétique sur la passion.
La tablette tenue par le putto central porte en lettres capitales la devise latine « Sic in corde facit Amor incendium » (« Ainsi l'Amour allume un incendie dans le cœur »), reprise mot à mot par Boizot. Cette citation de l'Iconologie explicite directement l'analogie visuelle. Le miroir ardent embrase le cœur (flambeau) comme l'éclat de la Beauté embrase l'âme du spectateur. Notons enfin que le discours de l'époque associe cette image à la philosophie néo-platonicienne (Marsile Ficin) qui voyait dans le regard un transport de l'âme (les yeux qualifiés de « fenêtres de l'âme »). La figure secondaire couronnée de lauriers à l'extrême gauche, souvent interprétée comme un poète ou un témoin allégorique, souligne la dimension intellectuelle de l'œuvre. Elle semble valider la démonstration physique opérée par la Beauté, inscrivant l'amour non pas comme une pulsion aveugle, mais comme un phénomène régi par des lois de sympathie universelle et de lumière.

Un antécédent direct de notre tableau est conservé au musée d'art Roger-Quilliot de Clermont-Ferrand.
Cette Allégorie de l'Amour, longtemps attribuée à Lemoyne, présente une iconographie quasiment identique : une femme vêtue à l'antique allumant un flambeau à l'aide d'une loupe, accompagnée de putti. La comparaison entre les deux œuvres montre que Boizot a pu s'approprier le motif, emprunté ou non à son maître Lemoyne, tout en lui insufflant une clarté plus moderne et une organisation spatiale plus aérée.

La composition de l'œuvre de Boizot, décorative et dense, représente des personnages aux torses allongés et des drapés volumineux qui s'inscrivent dans un espace peu profond, soulignant le rôle ornemental du tableau. Cette théâtralité répond au contexte décoratif d'origine de dessus-de-porte dans un salon.
L'observation de la galerie Alexis Bordes à propos du Bacchus et Ariane peut parfaitement être transposée à L'Origine de l'Amour : « Les œuvres certaines de l'artiste, ainsi que son morceau de réception, offrent beaucoup d'analogie avec notre toile. […] On y retrouve la même organisation théâtrale de l'espace avec l'arrière-plan très rapproché et le cadrage serré, le type de figures inspirées de la statuaire antique, l'intérêt pour les ornements et les attributs, la recherche d'un effet décoratif, les drapés épais et enveloppants, la gestuelle détendue ».

Dans la même année 1738, Boizot présente au Salon son Origine de l'Amour, et épouse Marie Oudry, fille de son aîné Jean-Baptiste Oudry. Sans qu'on puisse établir un lien direct entre la commande et l'événement privé, la coïncidence mérite d'être relevée. Le sujet entre en résonance avec un moment personnel de la vie du peintre, qui lui offrira bientôt des opportunités professionnelles. Peu après son mariage, débute une carrière à la Manufacture des Gobelins par l'entremise de son beau-père. Il est possible qu'au-delà de sa fonction décorative, ce tableau livre un témoignage discret et personnel de la vie de Boizot.