Une Religieuse espagnole
Philippe-Jacques VAN BRÉE (Anvers, 1786 – Saint-Josse-ten-Noode, 1871)
Une Religieuse espagnole
Vers 1811.
Huile sur toile. H : 55 ; L : 45,5 cm.
Exposition : Retiré du Salon de Bruxelles, 1811 ; peut-être Salon des Artistes Vivants, Paris, 1819, n° 1118 : « Une religieuse en méditation ».
Ce tableau de Philippe-Jacques van Brée représente une religieuse en prière devant un crucifix dans une cellule monastique. Plusieurs éléments issus de l’iconographie hispanisante permettraient de l’identifier comme provenant d’un couvent espagnol. Son voile noir, assez ample, ainsi que sa guimpe blanche formant un large triangle correspondent au costume traditionnel des religieuses espagnoles tel que perçu dans l’imaginaire pictural européen du tournant du XIXᵉ siècle. La longueur et la position latérale du rosaire, attaché à la ceinture, ainsi que le crucifix portée également à la taille plutôt qu’au cou, évoquent une iconographie monastique très répandue dans la tradition ibérique. Enfin l’absence presque totale de décor dans la cellule peut être rapprochée de l’idéal d’ascèse visuelle souvent associée à la spiritualité espagnole. Le cadre du tableau, certainement d’origine, emprunte également un vocabulaire décoratif espagnol issu du grand siècle.
Avec ses Voyageurs en Orient (œuvre aujourd’hui disparue) notre Religieuse espagnole est l’un des deux premiers tableaux de la carrière officielle de Philippe-Jacques van Brée. Né à Anvers en 1786, Philippe-Jacques rejoint l’académie royale des Beaux-Arts de cette même ville où son frère, Matthieu-Ignace, est professeur depuis 1803. Contrairement à ce dernier, peintre d’histoire, Philippe-Jacques van Brée se destine à la peinture de genre.
Pour sa première exposition publique, il participe au Salon de Bruxelles de 1811. Il envisage d’y présenter deux tableaux, notre Religieuse espagnole et Les Voyageurs en Orient. Toutefois, un incident vient contrecarrer ses intentions initiales. En effet, La Religieuse espagnole est retirée des cimaises par les directeurs du Salon avant son ouverture. Dans son Annales du Salon de Gand de 1823, le commentateur Lieven de Bast fait part de cet évènement :
« Les Directeurs n’ont pas permis d’exposer [La Religieuse espagnole], pour des motifs particuliers, indépendants du mérite de cette grâcieuse composition ; ce fait eut lieu au Salon de Bruxelles, en 1811, au fort de la guerre d’Espagne, et comme nous n’avons pas vu le tableau, il ne nous appartient pas d’apprécier les motifs des Directeurs du Salon. »
Le motif politique avancé par De Bast constitue une hypothèse plausible ayant empêché l’exposition de La Religieuse espagnole par Van Brée. Bruxelles ayant été annexé par la France depuis 1795, le tableau, malgré son propos à première vue anecdotique, a pu effectivement être interprété comme une position anti-française dans le contexte de la guerre d’indépendance espagnole qui oppose l’Espagne des Bourbons aux armées napoléoniennes depuis 1808. Le fait de représenter une religieuse catholique est d’autant plus sensible au regard de l’enlèvement suivi de l’emprisonnement du pape Pie VII par cette même armée napoléonienne en 1809.
Suite à cette première exposition de 1811, Van Brée part étudier à Paris dans l’atelier d’Anne-Louis Girodet. Il entreprend ensuite un voyage en Italie de 1816 à 1818 avant de retourner à Paris. Il participe ainsi pour la première fois au Salon parisien en 1819. À côté de deux scènes de genre historique, il y envoie Une religieuse en méditation sous le numéro 1118. Peut-être s’agit-il une nouvelle fois de notre Religieuse espagnole, qu’il a pu cette fois-ci exposer dans un contexte politique apaisé suite au retour des Bourbons sur le trône français en 1815.