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Nicholas Joseph CROWLEY

Portrait de Camilla à la guitare

Nicholas Joseph CROWLEY (Dublin, 1819 - Londres, 1857)

Portrait de Camilla à la guitare

1838, signé et daté en bas à droite : N J Crowley 1838.
Huile sur toile.
H : 53,5 ; L : 43,5 cm.
Au revers, étiquette manuscrite : « Miss Camillia Bates ».

Historique : Commande de William Henry Bate.

William Henry Bate naît en Irlande vers 1788. Il appartient à une famille d’artistes et de marchands d’art particulièrement active entre Dublin et Londres au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Les recherches récentes suggèrent qu’il était très probablement le fils de Chichester Fortescue Bate (vers 1760-1840), restaurateur de tableaux et marchand d’art établi à Londres au moins dès 1803.
Sa jeunesse demeure imparfaitement documentée. En novembre 1811, il est inscrit au British Museum sous la forme « Mr W. Heny Bate, 36 Brownlow Street, Long Acre », sur recommandation du peintre Henry Fuseli, l’une des figures majeures de la scène artistique britannique. Plusieurs vues londoniennes exposées à la British Institution autour de 1810, notamment une View on the Thames, near Millbank, lui sont généralement attribuées. Toutefois, les catalogues d’exposition de l’époque mentionnent simultanément plusieurs artistes de la famille Bate, rendant parfois délicate l’identification précise de leurs œuvres respectives.
Le 9 octobre 1824, il épouse Maria Louisa Murphy, sœur de l’écrivaine et historienne de l’art irlandaise Anna Jameson. Cette alliance le rattache à l’un des milieux intellectuels les plus influents de la société anglo-irlandaise du XIXe siècle. Une première fille, Géraldine, naît de cette union en 1829, suivie de Camilla, le modèle de notre portrait, à la fin de 1835.
À partir des années 1830, William Henry Bate est de plus en plus identifié comme picture dealer plutôt que comme artiste. Les journaux de l’érudit Henry Crabb Robinson le mentionnent à plusieurs reprises entre 1836 et 1839 comme intermédiaire chargé de vendre un ensemble de tableaux provenant de la succession de George Barret Aders, collectionneur et amateur d’art.

En décembre 1836, Robinson, qui avait accepté d’en être l’un des administrateurs (trustee), écrit : “I made calls on Bates a picture dealer who has some of Aders pictures to sell for us, he pleases me, he is the brother-in-law of Mrs Jameson, he asked me to take tea with him but he does not expect to dispose of the pictures till the spring.”.
En mars de l’année suivante, l’affaire entre les deux hommes semble actée : “called on Mr Bates and left him a letter authorising him to consider Mr Lovenhagen as the proprietor.”

C’est à cette époque, durant l’année 1838, que William Henry Bate commande le portrait de sa plus jeune fille, Camilla, à Nicholas Joseph Crowley. Bate choisit un peintre de sa communauté, tous deux étant irlandais, pour ce portrait très personnel, témoignant des liens amicaux et professionnels importants de cette diaspora à Londres. Enfant prodige, Crowley fut admis dès 1827 aux écoles de la Royal Dublin Society, où il remporta plusieurs primes entre 1828 et 1832.
Élu associé de la RHA le 18 juin 1836, il en devint membre titulaire le 27 mai 1837, devenant le plus jeune membre jamais élu de l’Académie. En 1838, Crowley, dans sa dix-neuvième année, venait d’être reçu membre titulaire de la RHA et partageait son activité entre l’Irlande et Londres.

Dès l’année suivant cette commande, Robinson témoigne des difficultés que rencontre Bate dans ses affaires. Il écrit en avril : “Bates who does not deliver up our pictures”, puis, quelques jours plus tard : “called on Lovenhagen who had received an angry letter from Mr Bates. The pictures are to come from Liverpool and I fear they will not come in time.”

En 1839, en effet, les affaires de Bate s’effondrent brutalement, au point que sa belle-sœur Anna Jameson doit prendre en charge une partie de sa famille, notamment sa fille aînée Gerardine. Les circonstances exactes de cette faillite demeurent mal connues. Elle pourrait s’expliquer par les investissements qu’il avait consentis pour assurer la vente des tableaux de la collection Aders, lesquels obtinrent des résultats très décevants lorsqu’ils furent finalement dispersés aux enchères.
La dernière mention du père et de sa fille intervient lors du recensement de 1851. Le document décrit William Henry Bate comme un artiste irlandais âgé d’environ soixante ans, résidant à Broomfield Place, Ealing, avec sa femme, sa fille Camilla et une domestique. Il meurt peu après et est inhumé à Ealing le 6 juillet 1854, à l’âge de soixante-cinq ans.