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Aurèle ROBERT

Vue du lac de Lugano depuis le narthex de l'église Saint-Laurent

Aurèle ROBERT (Les Éplatures, 1805 - Bienne, 1871)

Vue du lac de Lugano depuis le narthex de l'église Saint-Laurent

1849.
Signé et daté en bas à gauche : Aurèle Robert 1849.
Huile sur toile.
H : 100,5 ; L : 81,5 cm.

Historique : Société des Amis des Arts de Neuchâtel, 1850.

Jusqu'en 1835, la carrière d'Aurèle Robert s'est construite dans l'ombre tutélaire de Léopold, son frère, alors l'un des peintres les plus célèbres d'Europe. Arrivé à Rome en 1822 sur l'invitation de son aîné, Aurèle y tient d'abord le rôle d'apprenti, de collaborateur d'atelier et de graveur de reproduction, chargé de copier et de diffuser les chefs-d'œuvre de Léopold. Bien qu'il commence à exposer ses propres œuvres dès le Salon de 1831, où il obtient une médaille d'or, Aurèle demeure aux yeux du public et des collectionneurs le second d'un génie.
Tout bascule le 20 mars 1835 dans l'atelier du Palais Pisani à Venise. Léopold Robert met fin à ses jours en se tranchant la gorge. La mort brutale de Léopold agit paradoxalement comme le véritable catalyseur de la carrière personnelle d'Aurèle. C'est à partir de cette rupture qu'il déploie sa véritable spécialité : les représentations d'intérieurs d'églises, notamment, à cette époque, celui de la basilique Saint-Marc. Toutefois, peu connu dans ce genre, le peu de commandes qu'il reçoit le pousse à choisir majoritairement le portrait pour vivre. Il quitte finalement Venise en 1843 pour revenir dans sa Suisse natale.

En 1848, Aurèle Robert effectue un voyage au Tessin en compagnie d'un ami des arts neuchâtelois,
Édouard de Pourtalès. Séjournant à Lugano, le peintre s'attache alors particulièrement aux édifices religieux de la ville, dont il réalise plusieurs études prises sur le motif. Il y peint un tableau, semble-t-il in situ : La Sacristie du couvent Notre-Dame des Anges. Robert reviendra à ce dernier sujet à plusieurs reprises au cours des décennies suivantes dans des versions datées de 1852, 1857 et 1865.

De retour en 1849 parmi les milieux neuchâtelois, Robert présente plusieurs de ces études tessinoises à la Société des Arts de la ville, qui acquiert alors deux vues exécutées d'après nature : l'une représentant le cloître, l'autre la sacristie du couvent de Notre-Dame des Anges.
Cette réception favorable semble avoir conduit, l'année suivante, à la commande d'une composition plus ambitieuse décrite dans les archives comme une Vue prise de Saint-Laurent à Lugano.

Le présent tableau, dernière composition originale de l'artiste sur Lugano, peut être identifié avec cette commande. Par ses dimensions, son caractère élaboré et sa synthèse des recherches luganaises de l'artiste, l'œuvre occupe une place singulière dans le corpus tessinois d'Aurèle Robert. Exécutée probablement à partir des études réalisées lors du voyage de 1848, elle transpose un souvenir architectural observé sur le motif dans une composition pleinement construite.
Cette Vue du lac de Lugano depuis le narthex de l'église Saint-Laurent témoigne de la maturité de l'artiste. Contrairement aux vues purement documentaires ou aux scènes de genre italiennes stéréotypées de l'époque romantique, Robert réussit ici une fusion parfaite entre le paysage alpestre, l'architecture sacrée et la vérité anthropologique de ses personnages. Là où son frère cherchait le grand drame romantique et l'idéalisation des figures, Aurèle développe une voix singulière, caractérisée par une minutie d'orfèvre dans la représentation (héritée de sa première formation de graveur horloger) alliée à un sens spectaculaire des volumes et du clair-obscur ainsi qu'une approche presque topographique des espaces sacrés.