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Pierre CHASSELAT

Portrait présumé de Constance de Théis assise

Pierre CHASSELAT (Paris, 1753 - Paris, 1814)

Portrait présumé de Constance de Théis assise

Vers 1798.
Crayon noir et rehauts de craie blanche sur papier brun ;
H : 44,5 cm ; L : 32 cm.

Exposition : Peut-être Salon des Artistes Vivants, Paris, 1798, n° 84 : « Deux dessins, portraits, sous le même numéro. ».

Pierre Chasselat demeure aujourd’hui une figure relativement discrète de la peinture et du dessin français de la fin du XVIIIe siècle, bien que son activité de portraitiste et de miniaturiste soit attestée dès les dernières années de l’Ancien Régime. Né et mort à Paris, il fut l’élève de Joseph-Marie Vien et fit carrière principalement comme miniaturiste, jusqu’à être désigné comme peintre en miniature de Mesdames de France. Il exposa au Salon à partir de 1793 à 1810.

La technique employée est particulièrement représentative des recherches graphiques de Chasselat. L’artiste utilise ici le papier brun comme une véritable demi-teinte, laissant le support participer à la construction du modelé. La craie blanche n’est ainsi pas employée uniformément mais réservée aux zones de lumière, selon une méthode qui rapproche le dessin de certaines pratiques du portrait au pastel et de la miniature. Des œuvres de Chasselat récemment passées sur le marché montrent d’ailleurs la permanence de cette prédilection pour les portraits féminins à la pierre noire et aux rehauts blancs.

L’identification proposée du modèle comme Constance de Théis doit être considérée avec prudence. Née à Nantes en 1767, Constance de Théis est alors l’une des femmes de lettres les plus remarquables de sa génération.
Son œuvre littéraire et ses prises de position en faveur de l’instruction et de l’émancipation intellectuelle des femmes lui valent une place singulière dans la société littéraire parisienne. Elle tient par la suite un salon réputé dans son hôtel de la rue du Bac.

L’année 1797 constitue un moment décisif dans son affirmation publique. Elle publie alors son Épître aux femmes, sous le nom de Constance D. T. Pipelet.
Le texte, qui connaît un retentissement important, répond notamment aux conceptions du poète Ponce-Denis Écouchard-Lebrun, qui entendait cantonner les femmes au rôle de muses plutôt qu'à celui d'auteurs. Constance de Théis leur revendique au contraire l'accès à l'instruction, aux arts et à la création intellectuelle. Dans l'un des passages les plus célèbres de l'Épître, elle invite ainsi les femmes à « reprendre la plume et le pinceau ».

Cette circonstance donne au présent dessin un intérêt iconographique tout particulier. La jeune femme est représentée tenant un livre ouvert dans sa main, attribut qui peut difficilement être considéré comme purement anecdotique dans un portrait de cette nature. Le livre constitue en effet, dans le portrait féminin de la fin du XVIIIe siècle, un attribut de lecture, d'éducation et de culture ; ici, il prend une résonance particulière si le modèle est Constance de Théis.