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Jenny Desoras

Portrait de Marie-Charlotte Georgette Nizon de Saint-Georges

Jeanne Levaché dite Jenny Desoras.
1807-1809
Huile sur toile
27 x 21 cm (10 ⁵/₈ x 8 ¹/₄ inches)

     Ce précieux portrait de dame au teint frais représente, comme en témoigne l’inscription sur le châssis, Madame Marie-Charlotte Georgette Nizon de Saint-Georges. Elle est vêtue d’une robe blanche dont les jeux de transparence sont finement rendus par de légères couches de glacis.  Ses bijoux, en corail, notamment son imposant collier en forme de croix et son peigne, permettent de dater le tableau assez précisément des années 1807-1809. Le détail du ruban satiné s’enroulant autour du chapeau et des doigts de la dame est traité comme une miniature, avec beaucoup de précision.


     Il a été possible de retracer la vie de cette mystérieuse artiste, dont rien n’était connu hormis le nom avec lequel elle signait ses tableaux et apparaissait au Salon régulièrement de 1804 à 1835. En effet, seule sa première participation en 1804 se fait sous le nom de « Jenny Levaché-Desoras », puis elle se présente comme « Jenny Desoras » ou « Jenny Berger », du nom de son mari. Grâce à la découverte d’un jugement rendu en 1827, nous avons pu établir avec certitude que Jenny Levaché, Jenny Desoras et Jenny Berger étaient la même personne[1].

Fille de chapelier[2], Jeanne Levaché grandit avec sa sœur cadette à Lay, en Loire, jusqu’à son adolescence. Rien ne prédispose alors la jeune fille à la peinture, devenue qui plus est orpheline à cette même époque. Son père disparaît subitement en 1791[3], sans laisser de trace, suivi par sa mère qui décède en 1794.
            Grâce au réseau relationnel de son parrain, le maréchal Joseph George[4], Jenny Levaché semble avoir été confiée aux soins d’une famille de notables de la région, les seigneurs de Soras[5]. Démontrant certainement des aptitudes marquées en dessin, ces derniers l’invitent probablement à poursuivre son apprentissage et espérer une carrière artistique.
La jeune artiste prend ses premières leçons chez un certain « Sermaize ». En tout état de cause, il semblerait qu’il s’agisse de Simon Jean Malard de Sermaize, avocat de la Sâone-et-Loire voisine et artiste en dilettante.
À sa majorité en 1800, Jenny Levaché s’installe à Paris et intègre le célèbre atelier féminin de Jean-Baptiste Regnault. Après quelques années à perfectionner son art, elle participe à son premier Salon en 1804. Au sein du livret[6], elle se fait connaître sous le patronyme de Désoras-Levaché, nom d’emprunt qui raisonne comme un hommage et une marque de reconnaissance envers ses protecteurs de jeunesse. Elle n’expose ensuite que sous ce seul patronyme, en ajoutant celui de son mari à partir de 1813, puis en mentionnant « veuve Berger » après le décès de son mari en 1826.
L’artiste connait un certain succès avec ses sujets de genre humoristique sur le thème de l’amour et du mariage, reproduits en gravure  « Les amateurs du genre gracieux vont s’empresser de se procurer deux charmantes gravures, ayant pour intitulé : Deux jours de Mariage et Deux ans de Mariage, d’après les jolis tableaux de Mme Berger, née Jenny Desoras, exposés au Salon de 1819. [7]».

Nous savons également qu’elle travaillait à de nombreux portraits. Certains sont connus, et ils présentent une grande similarité dans l’exécution avec le notre. En effet, elle traitait les visages avec de larges paupières ourlées, des traits très dessinés, un teint très frais, un paysage brossé à larges traits dans le fond, s’opposant à la précision des étoffes représentées. Le portrait de Madame Duschenois a certainement été réalisé durant la même période. Nous y retrouvons la même inclinaison du visage et le regard amical tourné vers le spectateur.

Un article  médical ayant paru en 1806[8], portant sur l’étude de la maladie qui la touche, témoigne de son travail. Il la décrit ainsi : « Son caractère gai, son imagination vive ; elle porte à l’excès l’amour de son art, et lui sacrifie souvent, par des études prolongées, ou dans l’enthousiasme de la composition, les heures de raps, du sommeil, de l’exercice » et précise que  « la malade avoit pour la peinture  une passion dominante ; elle continua à être assise 6 à 8 heures par jour devant ses modèles, ses pinceaux à la main ». Il est rare et touchant d’avoir accès à un tel témoignage  sur la vie d’un artiste. 


Illustrations : 

Jenny Desoras, chasseur et son chien, huile sur toile, 58x45 cm, 1823. Osenat, 3 juillet 2016, lot no 437.
Jenny Desoras, portrait en demi-longueur de Catherine

Josephine Duchesnois, Bibliothèque Paul-Marmottan, Ville de Boulogne-Billancourt, Académie des Beaux-Arts.


[1] Gazette des tribunaux, journal de jurisprudence et des débats judiciaires, n°409, 27 janvier 1827, p. 317. L’article stipule que « Mlle Levacher Desoras est auteure de plusieurs tableaux (…) en 1813, Mlle Desoras a épousé M. Berger. »

[2] Archives départementales de la Loire, État civil, Lay, Baptêmes, Mariages, Sépultures - 1773-1780, Acte de baptême de Jeannette Levacher.

[3] D'après un acte de notoriété du juge de paix du canton de Saint-Symphorien de Lay du 20 août 1811 cité dans l'acte de mariage du 10 septembre 1811 de sa fille Sophie, Barthelemy Levaché est alors absent de Lay depuis environ 20 ans et on est sans nouvelle de lui depuis.
Archives départementales de l'Allier, État civil, 2 Mi EC 142 7, LE DONJON, Mariages et décès, 1801-1822, an X-1822, Acte de mariage d'Hubert Morgat - Sophie Levaché du 10 septembre 181.

[4] Archives départementales de la Loire, État civil, Lay, Baptêmes, Mariages, Sépultures - 1773-1780, Acte de baptême de Jeannette Levacher.

[5] Barthélémy Veyre de Soras étant capitaine de cavalerie et ancien gendarme de la Garde du Roi.

[6] Explication des ouvrages de peinture et dessins, sculpture, architecture et gravure des artistes vivans... imprimerie des Sciences et des Arts, Paris, cat. 308.

[7]  Le Corsaire : journal des spectacles, de la littérature, des arts, des mœurs et des modes, n°22, 1er août 1823, p. 4.

[8] Journal général de médecine, de chirurgie, de pharmacie, etc. ou recueil périodique de la Société de Médecine de Paris, Société de Santé de Paris, 1811, pp. 3-14.
 

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