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Monique DANICHE

Autoportrait en train de dessiner

Monique DANICHE (Varallo, 1737 - Strasbourg, 1824)

Autoportrait en train de dessiner

Vers 1786.
Huile sur toile.
H : 75, L : 60 cm.

Historique : Collection Mme van der Marco

Marie Monique Rose Tanisch naît en 1737 à Varallo, en Piémont. Elle est l’aînée d’une fratrie de onze enfants, nés de Jean Tanisch (vers 1700-1775), originaire de la région de Trèves, et d’une mère toscane, Rose Rossi (vers 1714-1778). La famille s’installe à Strasbourg vers 1743 et francise son patronyme en Daniche, tout en conservant Tanisch à l’état civil, orthographe que Monique continuera d’employer pour signer ses toiles.

Le père forme lui-même ses enfants à la peinture, et plusieurs d’entre eux exercent comme artistes : Ursule (1742-1822), Antoine Clément (né en 1744) et Pierre (né en 1752). Mais des onze enfants, deux seulement sont encore en vie à la disparition des parents, Jean Tanisch en 1775 puis Rose Rossi en 1778, Monique et sa cadette Ursule, qui vivaient toutes deux auprès d’eux.

Les premières années de carrière des deux sœurs sont consacrées à la peinture religieuse, pour les autels des églises d’Alsace. Avec la dispersion des biens d’Église sous la Révolution, leur pratique bascule vers le portrait, et Monique se consacre presque exclusivement à ce genre à partir de 1790, s’imposant comme une portraitiste recherchée de l’élite strasbourgeoise. Ursule, dont aucune œuvre signée n’est connue à ce jour, semble avoir été la praticienne de son aînée, qu’elle assistait dans ses travaux. Les deux femmes vécurent et travaillèrent ensemble à Strasbourg toute leur vie, ne se marièrent jamais et ne paraissent jamais avoir quitté l’Alsace.

Le 28 août 1784, François Charles de Weittersheim, major du régiment de La Marck, concède à Monique Tanisch un bail de trois ans rue Brûlée, moyennant un loyer annuel de 450 livres, à compter de la Saint-Michel (29 septembre). Le bail fut reconduit. En 1789, les sœurs habitent toujours l’hôtel Gallahan, au n° 18 de la rue Brûlée. Cette demeure, dans son état de 1784, avait été reconstruite vers 1770, sa façade élégante précédée d’un jardinet ouvrant sur le quai Lezay-Marnésia. Qu’un tel logement soit loué par deux célibataires vivant du seul produit de leur art en dit long sur leur position.
Luttringer a établi que les sœurs Daniche employaient une domestique et prêtaient de l’argent à des tiers, pratique qui suppose un capital propre non négligeable.

Daté vers 1786, l’autoportrait coïncide avec le moment où Monique Daniche affirme pleinement son indépendance, artistique autant que financière.
Deux ans après le bail de la rue Brûlée, au faîte d’une réputation qui lui assure l’aisance, l’artiste choisit de se représenter non dans la sphère domestique, mais au travail, porte-crayon en main. Le choix n’a rien d’anodin. Se peindre en train de dessiner, c’est revendiquer.un statut, celui d’une femme qui exerce un métier intellectuel et en vit, dans une société qui cantonne la quasi-totalité des femmes à la dépendance économique. Ce niveau d’autonomie est, pour une femme de ce temps, proprement exceptionnel.
Célibataire (le mariage eût emporté la dissolution juridique de son activité), Monique Daniche est maîtresse de son atelier, de ses commandes et de ses finances. L’autoportrait en fixe l’image au moment précis où cette indépendance est acquise : une peintre reconnue qui, libre de ses choix, s’immortalise dans l’exercice de son art.